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La BPCO, souvent négligée chez la femme

l’exposition passive au tabac, d’autant plus délétère qu’elle a pu commencer très tôt, in utero ou dans la petite enfance, l’exposition à des polluants domestiques et les expositions professionnelles (mineurs, ouvriers de fonderie, travailleurs du bâtiment, industrie textile, agriculteurs…). Certains facteurs de risques sont plus spécifiques des femmes. Ainsi une analyse de la Nurse Health Study présentée au dernier congrès de l’European Respiratory Society indique que l’exposition des infirmières aux désinfectants de surface augmente de 22 à 32 % le risque de BPCO.

Dans les pays en voie de développement, l’exposition aux fumées de charbon ou de bois, liée notamment à la cuisine, joue un rôle important chez les femmes. Enfin, il existe de grandes disparités sociales face à cette maladie et la mortalité par BPCO est supérieure de 53 % dans les populations défavorisées.

 

Améliorer la détection précoce

 

En dépit de ce constat, le sous-diagnostic des BPCO est particulièrement important chez les femmes et ne fait qu’aggraver le pronostic.  Des auteurs canadiens ont présenté des cas fictifs à des généralistes, en variant le sexe des patients (Chapman KR et coll. Chest 2001). Le diagnostic de BPCO a été posé correctement dans 58 % des cas quand le patient était un homme, mais dans 42 % seulement quand c’était une femme. Le fait que le médecin soit une femme n’améliorait pas le diagnostic. Globalement, les médecins n’avaient demandé une spirométrie que dans 22 % des cas : 24 % si le patient était un homme et 19 % si c’était une femme.

Le généraliste a un rôle clé pour éviter le retard diagnostique, ont souligné les participants, en observant qu’une femme de 35 à 45 ans, fumeuse, peut avoir une BPCO, même si sa consommation ne paraît pas très importante. "Une BPCO peut être observée avec une consommation inférieure à 20 paquets années", a confirmé le Pr Bruno Housset, chef de service de pneumologie au Centre hospitalier intercommunal de Créteil et président de la Fondation du souffle.  La dyspnée est la principale gêne dont se plaignent les personnes. "Mais l’essoufflement n’est pas toujours au premier plan, a-t-il remarqué. Parfois la patiente parle de fatigue. Et l’essoufflement est aussi une souffrance, une douleur."

Le questionnaire simple en 5 questions de l’HAS peut aider à repérer les signes d’alerte qui doivent conduire à une spirométrie, qui pourra permettre également de différencier une BPCO d’un asthme. "Il faut mesurer le souffle en soins primaires", a estimé le Pr Housset. Une expérimentation de la Cnam est en cours dans trois territoires (Gironde, Essonne et Artois), pour améliorer la détection précoce de la BPCO. Elle a démarré le 14 mars 2017 par la diffusion d’une web-conférence sur la chaîne Fréquence Médicale. A l’issue du visionnage de cette conférence, 10 % des généralistes de ces trois territoires se sont inscrits à une session de formation théorique et pratique, pour se familiariser avec le maniement des spiromètres. Au 2 juin 2017, 119 avaient commandé un spiromètre auprès de la Cnam. Les caisses primaires envoient actuellement des auto-questionnaires aux assurés dont le médecin traitant est équipé d’un appareil. Selon les réponses, un courrier est adressé au patient les invitant à prendre rendez-vous avec leur médecin traitant pour bénéficier d’une spirométrie. Les résultats de cette expérimentation devraient être analysés début 2018, avant une éventuelle généralisation.

Le Pr Housset a plaidé, enfin, pour la réhabilitation, "encore sous-utilisée en France". Pour le Dr Zysman, "c’est, avec l’arrêt du tabagisme, le seul traitement qui améliore réellement les patients".

Un livre blanc sur la BPCO sera remis très prochainement à la ministre de la Santé "pour attirer l’attention des hautes instances sur cet enjeu majeur de santé publique".

 

Les chiffres
La BPCO touche 6 à 8 % de la population française et entraîne près de 18 000 décès par an. La mortalité qui lui est liée augmente régulièrement de 1,7 % par an chez la femme, depuis la fin des années 1970, alors qu’elle est restée stable chez les hommes. Elle coûte trois à quatre milliards d’euros par an et les dépenses liées aux hospitalisations augmentent de 13 % par an. Elle devrait être la troisième cause de mortalité dans le monde en 2030, selon les projections de l’OMS.
Sources : 

Conférence de presse de la journée mondiale contre la BPCO, 8 novembre 2017.

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