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Insuffisance cardiaque : la télésurveillance en pratique

En France, les médecins peuvent utiliser le programme Etapes pour télésurveiller leurs patients insuffisants cardiaques.

"La France a la chance de disposer d’une réglementation, définissant les conditions de l’utilisation de la télésurveillance, en particulier celle de l’insuffisant cardiaque (IC)", s’est félicité le Pr Patrick Jourdain (CHU Bicêtre, Le Kremlin Bicêtre, 94), qui plaide pour sa diffusion, "30 % des hospitalisations pouvant être évitées chez l’insuffisant cardiaque grâce à une bonne prise en charge". "Ce suivi au quotidien permet au cardiologue de recueillir des informations sur son patient pour éventuellement modifier plus précocement le traitement, et adapter le rythme des consultations". Différentes études comme Tim-HF2 (voir plus bas) ont d’ailleurs mis en évidence une réduction des hospitalisations, "avec des résultats hétérogènes dus au fait que les patients et les solutions proposées sont eux-mêmes hétérogènes", a expliqué le Pr Jourdain.

Ce spécialiste conseille aux médecins français de consulter le programme Etapes (pour Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration du Parcours en Santé), proposé sur le site du ministère de la santé, afin de vérifier si leurs patients insuffisants cardiaques répondent aux critères d’inclusion de la télésurveillance (une hospitalisation pour IC depuis moins de 30  jours, ou au cours des 12 derniers mois mais alors de classe NYHA ≥ 2, avec un taux de BNP > 100 pg/ml ou de NT -proBNP > 1000 pg/ml). Ils peuvent accéder par téléchargement aux différentes solutions de télésuivi proposées par les industriels. L’article 54 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 a reconduit cette expérimentation pour une durée de 4 ans. Le cardiologue (ou tout médecin généraliste disposant d’un diplôme universitaire d’insuffisance cardiaque, NDLR) pourra s’inscrire comme médecin réalisant la télésurveillance, ce dont il informera son agence régionale de santé, la caisse d’assurance-maladie et le Conseil départemental de l’Ordre des médecins. "Il devra aussi envoyer une déclaration à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) et à son assureur (qui ne fera pas payer de surprime), puis établira une prescription médicale avec la solution technique de surveillance retenue et les moyens de former, et accompagner le patient. Ce qui est indispensable pour que celui-ci utilise le dispositif", a souligné le Pr Jourdain.

Les médecins généralistes traitants (et les gériatres) peuvent, même s’ils n’effectuent pas la télésurveillance, inclure leurs patients dans le programme Etapes.

"Une rémunération de 220 euros par an par patient est prévue pour les médecins effectuant la télésurveillance grâce au dispositif Etapes". Elle est majorée de 120 euros si le praticien réalise, en plus de la télésurveillance, l’accompagnement thérapeutique du patient qui est obligatoire pour mettre en place la télésurveillance (au moins 3 séances durant les 6 mois suivant l’inclusion, mais accompagnement possible par téléphone, e-learning…). Cet accompagnement peut être également pris en charge par d’autres professionnels (médecins…) formés en éducation thérapeutique.

Tim-HF2 démontre l’intérêt de la télésurveillance

L’étude Tim-HF2 est un essai allemand, ayant comparé une prise en charge classique (n = 775) à un suivi par télésurveillance (n = 796), en complément ce traitement, chez des patients vus en centre cardiologique ou à l’hôpital avec une IC de classe II ou III*. Ces malades avaient été hospitalisés pour IC au cours des 12 mois précédents, et devaient pour être inclus, être indemnes de dépression majeure (des essais précédents ayant montré que cette pathologie altère les performances de la télésurveillance). Le suivi a été de 12 mois chez 85 % des patients. La télésurveillance, qui reposait sur des professionnels disponibles 24 heures sur 24 (infirmiers chez les patients à faible risque et médecins chez ceux à risque élevé), prenait en compte chaque jour : poids, pression artérielle, fréquence cardiaque, oxymétrie, symptômes. Après analyse, le centre de télésurveillance proposait des conseils aux patients, et même des modifications de traitement voire des hospitalisations. Par ailleurs, les malades continuaient de voir régulièrement leur médecin cardiologue ou généraliste (87 praticiens participants).
La télésurveillance s’est accompagnée d’une réduction de 20 % du nombre de décès et hospitalisations pour IC (4,88 versus 6,64 %, p = 0,046), critère principal de l’essai, avec une réduction significative de la mortalité globale de 30 %.

 

 

Sources : 

D’après la communication de P. Jourdain (Le Kremlin Bicêtre, 94), lors des 29es Journées européennes de la Société française de cardiologie (SFC, Paris, 16-19 janvier 2019).

https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/prises-en-charge-specialisees/telemedecine/

https://www.legifrance.gouv.fr/jo_pdf.do?id=JORFTEXT000037533105

Koehler F, et al. Lancet. 2018 Sep 22;392(10152):1047-1057.

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