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Veinotoniques déremboursés : un mauvais choix de santé publique !

Le nombre de patients traités pour arthrose par les médecins généralistes a diminué d’un million de patients entre 2007 et 2015, passant de 4.7 à 3.7 millions de patients selon des données produites par IMS Health et en cours de publication (1) ! Principale sinon seule explication : la baisse du taux de remboursement (en 2010) suivie du déremboursement (en 2015) des antiarthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL). Faut-il s’en réjouir en considérant les économies induites par le déremboursement de ces médicaments ? Sans doute pas car ces mesures de déremboursement n’induisent des économies que dans un premier temps comme l’ont parfaitement montré diverses études et une évaluation faite par l’Irdes (2). L’un des exemples les plus parlants est sans doute celui des veinotoniques, déremboursés en France en 2008 mais 15 ans plus tôt en Italie. L’Irdes cite le travail de C.Allegra publié en 2003 montrant que les coûts directs imputables à la maladie veineuse avaient augmenté de 23.6 millions d’euros après le déremboursement des veinotoniques en Italie mais surtout que c’était la structure des coûts qui avait fortement évolué, les coûts hospitaliers augmentant de 96 millions tandis que les consultations en soins primaires et le coût des médicaments diminuaient respectivement de 22 et 32 millions. On peut donc considérer que la maladie veineuse, moins bien prise en charge en soins primaires, a évolué vers davantage de complications qui ont nécessité des hospitalisations coûteuses pour la collectivité.

Les déremboursements peuvent aussi provoquer de simples transferts de prescription vers des classes restant remboursées. Pichetti et coll. (étude citée par l’Irdes) ont ainsi montré que le déremboursement des mucolytiques et des expectorants avait eu pour conséquence un report de prescription vers les antitussifs et les bronchodilatateurs, résultat également constaté par une étude de l’Urcam Rhône-Alpes en 2007. Ces transferts de prescription, écrivent S.Pichetti et C.Sermet, sont susceptibles d’avoir des conséquences à la fois en termes de santé publique –la substitution peut ne pas être pertinente d’un point de vue médical- et en termes d’économies pour l’Assurance maladie, qui sont d’autant plus réduites que la substitution vers des classes toujours remboursées (et éventuellement plus chères, NDLR) est forte.

Les conséquences du déremboursement des AASAL seront à évaluer dans la durée. Il sera notamment intéressant de voir si le recul de la prise en charge médicale des patients arthrosiques, en particulier par les médecins généralistes, se traduit par une augmentation du nombre de prothèses posées, qu’elles soient de hanche ou du genou. Car la France connaît jusqu’à présent un taux d’interventions de ce type très inférieur à un pays comparable comme l’Allemagne. La seule explication avancée était cette prise en charge médicale très bien organisée en France…

 

Sources : 
  1. Ces données sont publiées par L’Observatoire de l’Arthrose, une initiative de l’hebdomadaire Egora et bénéficiant du soutien du laboratoire Expanscience (qui commercialise un AASAL).
  2. Sylvain Pichetti et Catherine Sermet. Le déremboursement des médicaments en France entre 2002 et 2011 : éléments d’évaluation. Questions d’économie de la santé, n°167, juillet-août 2011.

    www.irdes.fr/Publications/2011/Qes167.pdf

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