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Congrès CFA 2017 - Les experts réclament un plan national pour lutter contre les allergies respiratoires sévères

Les allergologues publient un livre blanc dans lequel ils alertent sur ces maladies en pleine expansion, et font 10 propositions pour tenter de les prévenir et d’améliorer la prise en charge.

Les allergies respiratoires sont au premier rang des maladies chroniques de l’enfant et de l’adolescent. Leur prévalence a triplé en 30 ans en France et en Europe, et atteint 8% pour l’asthme chez les enfants, et plus de 15% pour les rhinites. La France compte ainsi 15 millions d'asthmatiques dont 50% est d'origine allergique chez l'adulte et 80% chez l'enfant. Et cette pathologie est à l’origine de 15 000 hospitalisations chaque année et 1 000 décès annuels chez des personnes de moins de 65 ans, soit près de 3 morts par jour. Les polyallergies se multiplient.

Et si la mortalité des allergies respiratoires est en baisse dans les pays industrialisés, leur impact sur la vie sociale et professionnelle, ainsi que sur le plan économique est majeur. "Les allergies respiratoires sévères se complexifient, indéniablement, alerte ainsi le Pr Jocelyne Just (hôpital Troussau, AP-HP, et présidente de la Société française d’allergologie). Auparavant, les allergies sévères respiratoires se résumaient à l’asthme allergique sévère. Désormais, nous avons affaire à plusieurs maladies allergiques chroniques différentes (asthme allergique sévère, allergies alimentaires, dermatite atopique) chez le même patient qui s’auto-aggravent entre elles. Il s’agit d’une évolution majeure qui affecte évidemment le patient en premier lieu mais qui rend aussi la tâche du médecin plus difficile et la prise en charge plus complexe. Plus que jamais, il faut donc pouvoir intervenir le plus précocement possible afin d’enrayer l’histoire naturelle de ces allergies multiples."

C’est pourquoi la Fédération française d’allergologie (FFAL), qui regroupe l’ensemble des instances de l’allergologie française, a décidé de publier un livre blanc intitulé "Pour un plan d’action Allergies respiratoires sévères", qui a pour vocation de "provoquer une prise de conscience globale, tant de la part des pouvoirs publics et des professionnels de santé que du grand public", affirme la FFAL dans un communiqué. Elle dénonce l’absence de volonté des autorités sanitaires : "Alors que depuis plusieurs années de nombreux acteurs se mobilisent pour que les allergies respiratoires se voient attribuer le label 'Grande cause nationale', aucun plan de grande ampleur, à la hauteur de l’enjeu de santé publique que sont les formes sévères de ces allergies, n’a encore été mis en œuvre. A l’heure où nous assistons à une complexification des allergies respiratoires, dont les répercussions pour les patients mais aussi pour le système de santé sont considérables, il est urgent qu’une politique de santé publique d’envergure soit initiée en France. Or, la France accuse un retard certain, préjudiciable aux patients sur la nécessité d’engager une réflexion globale entre les différentes parties prenantes sur le retentissement des formes sévères des allergies respiratoires et leurs causes environnementales".

Les auteurs du Livre Blanc mettent en avant les conséquences majeures des formes sévères d’allergies respiratoires, qui étaient quasiment inexistantes dans les années 80, mais qui se développent aujourd’hui "de manière inquiétante". Ainsi, une personne sur cinq est lourdement impactée par la maladie dans son quotidien. En outre, "trop souvent sous estimées et assimilées à des pathologies bénignes, les allergies respiratoires sont la première cause de perte de productivité en France", rappellent-ils. Ces pathologies représentent, en effet, 7 millions de journées de travail perdues soit 1 milliard d’euros de perte, qui viennent s’ajouter au mal-être des patients (difficultés d’apprentissage, sommeil, perturbé, etc). Au total, ce sont 900 000 millions d’euros qui sont dépensés en hospitalisation, nombre qui pourrait être considérablement réduit si on considère qu’un asthme non contrôlé et pris en charge tardivement coûte 538 euros, contre 85 euros si le patient est correctement suivi.

Pérenniser l’immunothérapie allergénique

Les auteurs du FFAL souhaitent aussi développer l’immunothérapie allergénique (ITA), qui a démontré selon eux, son efficacité dans les formes sévères d’allergies respiratoires, comme le prouve sa reconnaissance par le groupe d’experts du Global initiative for asthma (Gina) en 2017 dans l’allergie aux acariens. C’est pourquoi les auteurs du livre blanc s’inquiètent du processus de réévaluation des traitements d’immunothérapie allergénique, mené actuellement par les autorités sanitaires françaises. "La baisse du taux de remboursement de ces traitements limiterait fortement l’accès à cette thérapeutique maintenant validée, ce qui entrainerait pour les patients des inégalités d’accès au soin encore plus clivantes. La France s’inscrirait ainsi à contre-courant des recommandations scientifiques internationales sur la prise en charge des patients allergiques respiratoires sévères", alertent-ils.

Ils souhaitent, par ailleurs, développer la recherche, en particulier épidémiologique, pour tenter de mieux prendre en charge et enrayer cette "épidémie silencieuse". Actuellement en effet, le parcours de soins du patient est loin d’être optimal puisque on estime que l’errance thérapeutique, avant que le patient soit diagnostiqué et pris en charge par un allergologues est de 7 ans. Une meilleure structuration de ce parcours de soins et le développement de programme d’éducation thérapeutique apparaissent donc nécessaires.

 

Les 10 propositions du Livre Blanc
Labelliser les allergies respiratoires "Grande cause nationale"
- Engager une réflexion collective afin de déterminer l’impact du changement environnemental sur la complexification des allergies respiratoires
-Quantifier et qualifier l’impact sanitaire et social des allergies respiratoires sévères
-Créer des centres de référence dédiés à l’asthme et aux allergies sévères
-Inclure des modules d’allergologie dans la formation initiale des étudiants en médecine
-Inclure des modules d’allergologie dans la formation continue des professionnels de santé
-Adapter le nombre de postes d’internes en allergologie aux besoins de santé publique
-Accélérer l’orientation des patients allergiques vers les allergologues
-Assurer une prise en charge optimale des traitements d’immunothérapie allergénique
-Améliorer l’accessibilité des patients allergiques aux programmes d’éducation thérapeutique
Sources : 

Livre Blanc de la Fédération française d’allergologie (FFAL).

 

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